TUCSON 2006
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Tucson est une ville au sud de l’Arizona, à environ 100 km de la frontière mexicaine, mais Tucson c’est aussi le rendez-vous incontournable pour les officionados des cailloux, fossiles, pierres taillées, bijoux et autres curiosités en tout genre. Une fois par an, à la fin du mois de janvier, la ville s’anime d’une effervescence indescriptible : d’énormes pavillons blancs sont montés dans la poussière de ce désert asséché, des camions de locations déchargent de tels monceaux de roches que l’on peut se demander comment tout est rentré dedans. Les chambres d’hôtel se remplissent petit à petit, et les visages familiers, venus de tous les coins du monde, apparaissent. Les gens de croisent avec des chariots remplis de piles de cartons, de vitrines et du matériel d’exposition, ils se saluent rapidement et installent fébrilement leur chambre ou leur stand. De plus en plus de passionnés, collectionneurs ou curieux, se mêlent à tout ce remue-ménage. Tout cela crée un ballet magique qui fait ce que le « Tucson show » est actuellement. Le show de Tucson s’élargit, depuis déjà des années,
dans des proportions gigantesques :
pas loin de 33 emplacements (dont 16 hôtels) forment le « satellite show ».
Un peu partout autour de ces hôtels sont montés des énormes tentes, puis
autour de ces tentes viennent se greffer parfois des jeunes « baba cool »
qui s’installent à la sauvette sur quelques bouts de tissus, vendent des
bijoux qu’ils ont réalisés souvent avec des brisures ramassées autour des
tas de minéraux le long de l’autoroute. Comme quoi, à Tucson, même les échantillons laissés à l’abandon sur un bord de route ont une utilité…Le
visiteur qui arrive pour la première fois dans cet « enfer du caillou »
a de quoi être un peu désemparé : par où commencer ? Comment être
sûr de tout voir ? Que faut-il absolument ne pas rater ? Et surtout,
la grande question : quand venir ?...Ce rassemblement annuel dure, si
on veut tout voir, de l’ouverture des premières chambres, à la fermeture du
show principal, une quinzaine de jours officiellement. Mais beaucoup de
marchands arrivent quelques jours en avance, ce qui fait que le show dure en
fait une vingtaine de jours. Pour un collectionneur, plus le temps est long,
plus les frais augmentent et donc moins le budget alloué pour les achats est
grand…C’est pourquoi il est dur de trouver le bon moment pour venir. Pour
profiter pleinement du show, je pense qu’il faut venir une dizaine de jours
minimum. Le départ des « hostilités » est lancé par
« Top Gem », un énorme entrepôt sur Main avenue. Cette année
l’ouverture de ce grand hangar avait lieu le 27 janvier à 10h du matin, mais
déjà dès 9h une queue se format devant le portail d’entrée, cette queue
atteignait plus de 50 mètres! Cette ouverture est un peu comparable au départ
d’un marathon : tout le monde se bouscule et essaie de jouer des coudes
pour arriver le premier sur les boites empilées sur des étagères en
ferraille. Parmi les nouveautés, un très beau lot de wulfénites de Los
Lamentos, le célèbre gisement mexicain, avec des cristaux orange/rouge
transparents parfois atteignant 3 centimètres de côté. Beaucoup de grenats héssonites
sur quartz de Chine, des améthystes de Vera Cruz de toute beauté, et quelques
boîtes contenant des creedites superbes du Méxique, formant des pompons
de cristaux orangés. Pendant plusieurs heures, les participants de ce grand déballage
sont pris d’une véritable frénésie : des centaines de boites sont
ouvertes, des centaines de cailloux mis dans des cartons, des pièces reposées,
puis reprises, les allées étroites entre les étagères ne sont plus
praticables : des gens sont accroupis de chaque côté avec au dessus
d’eux d’autres personnes occupées à ouvrir et sélectionner et trier des
minéraux. Après deux heures de ce capharnaüm incessant, les acheteurs présents
ont le droit à un petit réconfort : un banquet de nourriture mexicaine,
des boissons à volonté et même un orchestre et tout ça gratuitement ! Le même jour, le « Days Inn » est l’un des
premiers hôtels à ouvrir le long de l’autoroute, juste au croisement de
l’I-10 et de Broadway boulevard. C’est un hôtel que je vais qualifier de
« mixte », c'est-à-dire que l’on y trouve absolument de tout et
de tous pays : minéraux, fossiles, bijoux, pierres taillées, objets
sculptés. Un couple de colombien expose des pièces d’ambre avec insectes de
la même région pesant jusqu’à 6kg !
Beaucoup de sculpteurs méxicain présentent leurs obsidiennes « arc
en ciel » taillées en forme de cœur, en œil céleste et autres gravures
diverses. Sous une tente à côté de l’entrée principale, un stand avec une
boule de pétanque mesurant 1,20 mètre de diamètre en quartz rose trône
devant une pas moins grande géode d’améthyste chauffée devenue citrine
orange foncée. Le jour suivant, c'est-à-dire le 28 janvier, une vingtaine
d’emplacements ouvrent en même temps. Personne ne peut tout voir d’un coup,
mais certains hôtels sont à thème : le « Ramada Inn » par
exemple est spécialisé dans les fossiles et antiquités, on y trouve beaucoup
de dents de mégalodon carcharodon (un requin géant pouvant dépasser 30 mètres
de long) et parfois quelques unes de taille extraordinaire dépassant les 15
centimètres. Dans un autre registre, un ami a trouvé deux masques précolombiens
fantastiques. Des marchands chinois proposent des nids de parfois plus de 10 œufs
de dinosaure sur la même plaque. Perdues au milieu de ces chambres remplies de
vieux os, se cachent de superbes bixbyïtes sur gangue atteignant le centimètre,
des topazes superbes de Thomas Range (Utah)
magnifiquement cristallisées. Le « Pueblo Inn », maintenant
appelé « Riverpark Inn » se spécialise en gemmes et pierres brutes
pour la taille et en bijouterie moyenne/haut de gamme. Cet hôtel est l’un des
plus agréables pour s’arrêter et manger un morceau : le cadre général
avec des palmiers et une belle piscine s’y prête à merveille. Une chambre
dans le fond d’un couloir présente des cristaux de roches repolis sur des
socles lumineux, la sculpture ainsi réalisée mesure parfois, pied et cristal
compris 1,80 mètre de haut, le spectacle est féerique, mais interdiction
formelle de prendre une photo... Jouxtant les murs de l’hôtel, une tente pour
le moins bizarre : des morceaux de stalactites ou stalagmites trouvés dans
une grotte et remonté sur des socles en bois luxueux sont gardés par un
authentique ara aux fantastiques couleurs et pas farouche du tout. Les hôtels principaux pour les collectionneurs de minéraux,
fossiles et météorites sont le « Ramada Inn », l’ « Executive
Inn », l’ « Inn Suites » et un peu plus tard, au milieu
du show, l’hôtel de luxe le
« Westward Look », dont la durée d’exposition ne dure que 4
jours, du 3 au 7 février. Au même moment, plusieurs tentes et emplacements ouvrent
leurs portes : l’ « Electric Park », la « Co-op »
et le « Market Place ». Parmi ceux ci, l’endroit à la mode
est l’«Electric Park » sur Ajo Way: une série de tentes énormes
dispersées sur un espace de plusieurs centaines de mètres carrés. Beaucoup
d’entre elles sont allouées au matériel de présentation, de coupe et de
polissage. Entre les tentes, sur le gravier, une vision amusante : une
quinzaine de plaques de un mètre sur un avec des traces de pas de dinosaures
sont disposées en rond autour de leur propriétaire. Autre vision insolite :
entre l’arrière d’une tente et le parking, une montagne de crânes
de bisons est entassée à la sortie d’un camion. Le visiteur qui s’y promène
trouve ici une belle azurite de Californie, là des coraux fossiles polis du
Michigan ou encore des diorites péruviennes. Tout est fait pour que le visiteur
puisse dénicher quelque chose, un endroit à ne pas manquer donc. Les principales nouveautés cette année dans les chambres
et emplacements sont les fluorines vertes de Chine, des lots absolument
fantastiques d’une transparence peu commune. De belles prehnites de Bendoukou
au Mali. Des formes nouvelles d’apophylites des Indes. Des stanites
extraordinaires de 4 centimètres d’Oruro en Bolivie ainsi que de superbes
andorites (ces dernières étaient déjà visibles l’année précédente). Des
cristaux de cinabre fabuleux (4 à
5 centimètres) et des elvites noires de Chine. Des lots de pyrites en icosaèdre
(forme très rare pour la pyrite). Des cristaux de vésuvianite aplatis géants.
Un superbe lot d’hémimorphites blanches en éventail Mapimi (des minéraux
qu’on ne voyait plus depuis un certain temps). Des améthystes de Karur en
Inde très originales avec des cristaux superposés. Puis une nouvelle
trouvaille du Pérou de belles rhodocrosites, bien roses mais complètement
opaques, ainsi qu’un lot tout nouveau de zinckénites, mais l’appellation
zinckénite vient juste du fait que les spécimens sont trouvés dans une mine
de zinc, les cristaux ressemblent étrangement aux stibines de Roumanie….
(Merci à Jean-Claude Bouillard pour ces renseignements !) Après dix jours de ce tournis incessant, vient enfin le
moment du show principal. C’est l’un des évènements les plus attendus par
les collectionneurs : les pièces présentées par les exposants et les
vitrines d’exposition en font un lieu incontournable. Le show de Tucson 2006 s’est beaucoup agrandi, on peut facilement penser que le show de 2007 sera encore plus immense. Mais plus il y a de choses à voir, plus la chance de découvrir de jolis objets devient importante. Reste, pour un collectionneur français, le problème de date : quand venir ? Et bien je pense que si c’est possible il faut rester toute la durée du show bien sûr, sinon il faut essayer d’arriver au tout début et accepter de rater le show principal (qui reste presque impératif à voir si vous n’êtes jamais venu à Tucson), ou bien ne venir que quelques jours avant ce dernier. Dans les deux cas il est possible de faire de bonnes affaires, peut être même plus à la fin qu’au début de l’exposition. L’année prochaine les hôtels et emplacements ouvrent à partir du 26 janvier, le show principal du 8 au 11 février 2007. Bon voyage !
Louis Carion |