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| | Histoire des Minéraux
Article aimablement reproduit avec l'autorisation de l'auteur
(Frédéric Delporte) et de Géopolis,
la confédération française des Acteurs des Sciences de la Terre.
Par Frédéric DELPORTE
Les spécimens minéralogiques ont
toujours fait l'objet d'un commerce actif et extrêmement développé. L'Histoire
et les faits montrent que ce commerce a grandement contribué à leur préservation.
Paul Desautels fut conservateur en son temps de la collection minéralogique
de la Smithsonian Institution à Washington, un des plus importants musées
au monde. Lors du 9ème symposium de l'Académie
des Sciences de Rochester en 1982, il résuma sous forme de lois quelques
vérités implacables relatives à la minéralogie. Les lois de Desautels
sont depuis passées à la postérité. Sa première loi, dite de
disponibilité, s'énonce ainsi : " l'approvisionnement en spécimens
à un moment donné est directement proportionnel à la masse d'argent
offerte sur le marché. Les marchands vont s'éparpiller sur tout le globe
pour creuser à la recherche de minéraux (et en négocier), dans tous les
endroits possibles, et ils vont les ramener, de telle sorte qu'il y a une
relation directe : l'argent pour les marchands, les spécimens pour nous !
". Desautels exprime ainsi son pragmatisme. Son dynamisme fit de lui
un extraordinaire gestionnaire de collection minéralogique et un
connaisseur sans égal.
Par l'Histoire et quelques histoires, une rapide tentative d'illustration
de cette relation entre négoce et préservation des spécimens minéralogiques
est proposée. Cet exposé sera des plus incomplets tant il y aurait matière
à recherches et publications, seul un bref aperçu du sujet est ici présenté,
un modeste prodrome...
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Un peu d'Histoire...
Des origines de l'homme au Moyen-Age
Les roches et les minéraux ont depuis toujours été recherchés dans un
but utilitaire comme, par exemple, le silex pour façonner des outils durs
et tranchants, mais aussi dans un but cultuel, esthétique, comme symbole
de pouvoir ou de rang social (l'or en particulier). Des matières
curieuses, comme l'ambre du pourtour de la mer Baltique, le quartz des
Alpes, sont prisées depuis fort longtemps. Des bijoux en ambre se
retrouvent dans de nombreuses sépultures préhistoriques, attestant de
circuits d'échanges complexes à travers toute l'Europe.
En Egypte, l'époque prédynastique (environ 5000-3000 ans avant J.C) fit
grand usage de divers minéraux et roches comme éléments décoratifs :
or, quartz, lapis-lazuli, agate, cuivre, jaspe... A cette époque, un
vaste négoce en minéraux et roches vit et prospère en allant
s'approvisionner en Orient, en Nubie, à Madagascar, ...
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Théophraste, disciple d'Aristote, dans son "Peri lithon",
ouvrage sur "les roches" au sens large, vers 300 avant J.C, évoque
notamment le quartz et quelques unes de ses utilisations courantes, comme
la réalisation de sceaux.
Dans son " Histoire Naturelle ", Pline l'Ancien, au premier siècle
après J.C, signale quelques gisements de quartz : " du cristal nous
vient de l'Orient, il n'y en a pas de plus estimé que celui des Indes.
Celui qu'on trouve en Asie, près d'Alabande et d'Orthosie et dans les
monts voisins, comme de même celui de Chypre, n'est pas recherché. Par
contre, on estime fort celui provenant des montagnes des Alpes. Juba
raconte qu'il s'en trouve dans une île nommée Nécron, en mer rouge, et
aussi dans une île voisine, associé à des topazes, d'où Pythagoras,
lieutenant du roi Ptolémée, tira des morceaux de cristaux d'une coudée
de long. Cornelius Bocchus affirme qu'en Lusitanie, sur les sommets d'Ammaé,
on trouve des morceaux fort gros lorsqu'on creuse des puits afin de mettre
les eaux à niveau... "
Le monde romain appréciait particulièrement les objets taillés dans des
cristaux de quartz. Il lui attribuait également des pouvoirs curatifs, de
très nombreuses substances minérales étaient utilisées en protomédecine.
L'Egypte fatimide (969-1171) a produit ce qu'il y a de plus beau et de
plus raffiné en matière d'art utilisant le quartz, cela jusqu'aux
productions de la Renaissance. Les plus beaux objets des anciens fonds des
puissants d'Europe sont principalement issus de cette production, on peut
en admirer au Louvre, au musée du Moyen-Age à Paris ou dans le trésor
de Saint Marc à Venise.
Pour l'artisan et l'artiste, les minéraux et les roches sont une matière
première. L'utilisation en cabochon (en bijouterie et en ornement
d'objets comme les reliquaires,...) et la fabrication d'objets comme des
coupes, des brocs, des pièces de jeux d'échecs et autres, notamment à
partir de cristaux de quartz des Alpes, seront répandues dans tout le
bassin méditerranéen jusqu'au dix-huitième siècle. L'exploitation des
gisements et le négoce de ces matières premières sont bien sûr des
plus intenses.
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Les gisements de quartz des Alpes
sont systématiquement exploités de manière intensive, plus particulièrement
en Suisse. Un document de 1583 atteste que lorsque les habitants de Medels
vendirent " l'alpe de Cristallina " au couvent de Disentis, ils
se réservèrent le droit de continuer à exploiter les cristaux. En 1719,
au Zinggenstock, les cristalliers de la " Zinggische Societet "
exploitèrent une cavité d'où furent sorties 50 tonnes de " Mailänderware
", cristaux de quartz de la meilleure qualité, nommés ainsi car
travaillés par les artistes de Milan. Suite à cette découverte, la société
demanda à payer ses impôts en nature, ce que Leurs Excellences de Berne
acceptèrent... C'est ainsi que notamment trois grands cristaux furent présentés
dans la bibliothèque de la ville, puis au musée d'Histoire Naturelle
lors de sa création, les " impôts " des anciens cristalliers
constituant la base de la collection minéralogique.
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Dans les Alpes aujourd'hui françaises, la
recherche est tout autant organisée et conséquente. En Savoie, à Doucy,
une concession est exploitée vers la fin du 17ème
siècle. Des contrats datés de 1698 nous donnent les conditions
d'exploitation et l'organisation de celle-ci, de même que le prix d'achat
au poids des cristaux de quartz.
Le prix est fixé par quintal de 120 livres, soit par lot de 66
kilogrammes environ, ce qui donne une idée de l'importance des quantités
extraites. Ces cristaux sont exclusivement destinés aux tailleries,
notamment celles de Suisse et des Etats d'Italie. En 1753, Micoud obtient
le privilège exclusif de recherche et d'exploitation du quartz dans les
Grandes Rousses, en Isère, le produit de l'exploitation étant vendu à
un orfèvre de Briançon pour être taillé.
Après Pline, seuls les alchimistes étudieront les minéraux, et cela au
travers d'une démarche non scientifique, sans pour autant s'intéresser
à l'objet, au spécimen, en lui-même. On ne connaît pas d'intérêt
pour l'étude " scientifique " des minéraux ou pour leur esthétique
propre avant la Renaissance.
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La Renaissance, XVIème siècle, et le XVIIème
siècle
La constitution de collections de minéraux et la création de vastes réseaux
spécifiques d'échanges pour les approvisionner sont apparus au début du
16ème siècle. En effet, ce n'est qu'à la
Renaissance qu'une démarche naturaliste se crée.
Les documents de cette époque sont rares, le " Bermannus "
d'Agricola, 1530, préfacé par Erasme, nous décrit la première collecte
de spécimens de minéraux pour l'enrichissement d'une collection. L'usage
médicinal de nombreuses substances minérales induit de nombreuses réflexions
et études que l'on peut qualifier de protomédecine car dépouillées de
toute superstition. En 1546, Agricola publie son " De Natura
Fossilium libri decem " qui est un des premiers traités de minéralogie
systématique. Agricola remercie dans cet ouvrage les " gens
instruits, les négociants et les mineurs qui ont été d'une grande
assistance ". A cette époque, " fossilium ", du verbe
latin au passé fodere, soit déterrer, s'appliquait à tout objet naturel
sorti de terre, comprit donc les minéraux, les roches et les fossiles au
sens moderne du terme. Agricola rompit avec le mode de pensée du
Moyen-Age encore présent en son temps et illustré par les travaux de Léonard
de Vinci dans le codex Leicester.
De nombreux intellectuels de la Renaissance, des médecins, des hommes de
lois ou de pouvoir s'intéressent aux curiosités minérales de la nature,
les " cabinets " d'Histoire Naturelle apparaissent dans toute
l'Europe. Ils pratiquent de nombreux échanges entre eux et se fournissent
aux sources, auprès des mines en particulier. Il leur suffit de faire
connaître leur intérêt pour les spécimens curieux de minerais et des
propositions affluent des mineurs et des responsables de mines pour peu
que quelques générosités soient au rendez-vous... Il paraît probable
que les colporteurs, corporation très importante en ces temps, aient
contribué à la circulation des spécimens minéralogiques, et cela dans
toute l'Europe. Les marins et les aventuriers étaient également informés
de la possibilité de gagner quelque argent en découvrant et ramenant les
curiosités produites par la terre.
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Au dix-septième siècle, le
collectionneur compulsif que fut Rodolphe II de Habsbourg, roi de Hongrie,
roi de Bohème, puis empereur du Saint Empire germanique en 1576, est à
signaler. Il fut passionné jusqu'à la limite de la folie par ses
collections qu'il voulut exhaustive en ce qui concerne les productions de
la nature et des hommes.
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Pour l'Histoire Naturelle et les minéraux, il
s'attribua les services d'un humaniste, homme de sciences, médecin et
physicien, Anselme Boëtius de Boodt. Celui-ci publiera à partir de son
travail sur la collection de Rodolphe II le livre majeur en minéralogie
et gemmologie du 17ème siècle, le & quot;
gemmarum et lapidum historia ", publié en 1609, et qui sera un des
livres de chevet de Haüy à la fin du 18ème siècle.
Rodolphe II ordonna la prospection systématique des gisements. En 1589,
une importante patente publique demande aux sociétés minières d'envoyer
toutes les pierres précieuses et semi-précieuses de Bohème à la
chambre de Bohème Tchèque. Il accorde des privilèges pour la
prospection de cristaux précieux à un certain Mathias Krätsch en 1590.
Vers 1600, de nouveaux prospecteurs apparaissent pourvus de " lettres
" autorisant la prospection dans les propriétés de l'Eglise et des
féodaux.
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Rodolphe II aménage en 1578 un palais à Prague pour exposer
ses collections de " Naturalia " et d'objets d'art, en plus de
celles exposées à Munich et Ambras.
Le XVIIIème siècle, siècle des " lumières
"
Au 18ème siècle, un important réseau de
prospecteurs et de commerçants alimente les collections privées puis les
collections publiques qui apparaissent peu à peu.
En Grande-Bretagne, Hans Sloane (1660-1753), mythique inventeur du
chocolat au lait, constitue une très importante collection. Très actif,
il achète en 1702 la collection de WillIam Courten de 10.000 spécimens
qui étaient jusque là présentés au public dans son musée privé à
Londres. Un de ses agents mandatés pour l'approvisionner achète en 1711
à Leiden la collection du Dr Hermann. A sa mort, sa collection est vendue
à l'état, de même qu'une bibliothèque de 46.000 livres. L'état
Britannique s'en servira comme fond pour créer le British Museum qui sera
ouvert en 1759. Le British Museum vendra aux enchères une partie de la
collection Sloane en 1803, soit 2000 spécimens " en double ",
et 1700 autres en 1816. Une autre figure majeure de la minéralogie
britannique fut le comte de Bute (1713-1792) qui réunira une collection
de 100.000 spécimens.
James Smithon (1765-1829) légua au gouvernement des USA une somme
colossale, soit 105 sacs de 1000 souverains en or, avec comme instruction
testamentaire la création d'une institution, notamment destinée à
accueillir sa collection de minéraux qu'il légua également. Le congrès
américain votera en 1846 la création de la " Smithonnian
Institution " à Washington. Le gouvernement du Portugal acheta la
collection Karl Pabst Von Ohain (1718-1784), mentor de Werner, père de la
géologie moderne, et l'enverra à l'université de Rio de Janeiro, Brésil.
Ces quelques exemples montrent l'importance des collections au dix-huitième
siècle dans toute l'Europe et laissent entrevoir la formidable
mobilisation nécessaire pour les constituer.
Outre la France et le Saint Empire germanique, la Grande-Bretagne fut très
marquée par la passion pour les spécimens minéralogiques dès le
dix-septième siècle. On possède de nombreux écrits, livres, notes,
courriers sur le négoce, les collectionneurs, les collections, notamment
en Cornwall, Devon, Cumbria.
Un des plus importants collectionneurs britanniques, Philip Rashleigh
(1729-1811), affirma en son temps : " les étrangers viennent dans le
comté (Cornwall) aujourd'hui, et lorsqu'ils voient un spécimen qui leur
apparaît joli, ils en donnent une forte somme, et les négociants ensuite
pensent que toutes les choses qu'ils se procurent sont inestimables
".
Les affres de la passion pour les minéraux d'un ami de Rashleigh, John
Hawkins, sont pris au vif dans une lettre qu'il lui adresse en 1802 :
" Je n'ai ajouté à peine quoique ce soit qui vaille la peine d'être
mentionné dans ma propre collection. Suite à cette vérité, mes moyens
maintenant que je suis un homme marié ne sont pas à la hauteur. Le prix
de fait des spécimens de qualité est devenu si énorme et j'ai
maintenant tant de dépenses qu'ils sont honnêtement hors de ma portée
". Ce à quoi Rashleigh répondit dans une lettre du 01/11/1802 :
" le coût pour se procurer des spécimens a augmenté de manière si
extravagante que si ma collection n'était pas si importante aujourd'hui,
je ne pourrais pas commencer maintenant ". " Les choses ne
changent guère " est la deuxième loi mineure de Desautels. Il
ajoutait " depuis 1933, tous ceux que j'ai côtoyés se sont plaints
du prix élevé des spécimens minéralogiques...".
La collection de Hawkin fut dispersée en 1905 à Londres, le principal
acheteur de la vente fut le négociant Allemand Krantz de Bonn.
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Toutes ces grandes collections n'ont
pu se créer qu'en symbiose avec un puissant et vaste réseau
d'approvisionnement. Les spécimens et les collections voyagent...
Pour paraphraser Lavoisier, géologue, lui-même collectionneur, et
surtout très impliqué ainsi que ses disciples dans les débuts de
l'analyse chimique des minéraux à la fin du dix-huitième siècle,
aucune collection ne se crée, aucune ne se perd, toutes se transforment :
dispersion d'une collection, intégration des spécimens dans d'autres,
vie des collections, ... La pérennité des collections est d'ailleurs
assurée par la possibilité de " recyclage " des spécimens
dans d'autres ensembles, cela par l'intermédiation d'un marché actif et
dynamique. Qui négligerait ou malmènerait un ensemble patrimonial ayant
une valeur financière connue ?
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A la fin du dix-huitième siècle, de nombreuses
boutiques spécialisées en Histoire Naturelle existent dans toutes les
grandes villes d'Europe. Notons plus particulièrement celle de John Lavin,
associé au " Lavin's Museum " à Penzance (Cornwall), au style
Egyptien unique. Le négociant et collectionneur anglais J.Forster possède
une boutique à Londres, tenue par sa femme, une à Paris tenue par son frère
Henry. Forster possède également un pied à terre à St Petersbourg. Il
y séjourne de façon régulière et prolongée car il achète et vend
d'importantes quantités de spécimens en Russie. Il fut courtier en spécimens
minéralogiques pour le roi d'Espagne Carlos IV et obtint de ce dernier
l'octroi de la concession des mines de sulfure à Cadiz afin d'en extraire
des spécimens de collection. C'est très probablement la première
mention de l'exploitation d'un gisement uniquement pour alimenter le marché
des spécimens de collection.
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Un autre négociant anglais, John Mawe, est mandaté par le roi d'Espagne
pour réunir une collection de minéraux anglais puis, comme minéralogiste
pour le roi du Portugal, il passera les années de 1804 à 1810 au Brésil
pour y collecter des spécimens. Mawe reviendra dans son pays natal où il
s'occupera encore de minéralogie, contribuant en autres choses à la
connaissance de l'apatite et de la tourmaline en Devon.
A Paris, d'importantes ventes sont organisées par Forster en 1760, 1769,
1772, 1780, 1783. D'autres négociants font de même et de très
nombreuses autres ventes dispersent des collections. De très complets
catalogues sont réalisés pour ces ventes, ceux de Forster furent réalisés
par Romé de l'Isle.
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Romé de L'Isle avait d'ailleurs comme principale activité la réalisation
de catalogues de collection et de vente, il en réalisera au moins
quatorze. N'oublions pas que ce scientifique est un des pères de la
cristallographie moderne. Il fut initié à la minéralogie par Balthazar
Sage, créateur de l'école des mines de Paris.
Le premier travail de Romé de l'Isle fut la rédaction en 1767 d'une
partie du catalogue de vente des collections de Pedro Franco Davila, un péruvien,
citoyen espagnol résidant un temps à Paris. Les ventes aux enchères de
collection de minéraux ne se comptent plus en cette fin du 18ème
siècle. Celle de Davila comprenait 16.000 spécimens minéralogiques,
8.096 catalogués et environ 8.000 non décrits, le catalogue comportant
en tout 40.000 objets. Parmi les acheteurs notons les minéralogistes Sage
et Daubenton, le géologue Desmarest, les économistes Turgot et Quesnay,
les architectes Belanger et Morel. Davila se constitua une deuxième
collection. Elle fut échangée en 1771 à l'état espagnol contre une
pension fort conséquente et une maison. De plus importantes collections
furent créées puis vendues à cette époque.
La collection de 12.000 spécimens de Haüy, autre père de la
cristallographie moderne, fut vendue en 1814 l'équivalent de plusieurs
millions d'Euros à Richard Grenville, Duc de Buckingham. Elle séjourna
en Angleterre avant d'être rachetée en 1848 pour le musée national
d'Histoire Naturelle à Paris.
Le neveu de Forster, John Henry Heuland, lui succéda et organisa en 1808
la vente de sa collection, puis de son stock. Celui-ci fut vendu dans ce
qui reste certainement la plus importante vente aux enchères de minéraux
avec 5860 lots. Henry Heuland devint un extraordinaire négociant, avec
une conception très actuelle de ce qu'est un " bon " spécimen.
Il apporta au musée d'Histoire Naturelle de Londres des spécimens français
majeurs : suite d'azurite de Chessy, macle de La Gardette, etc. Le père
de Henry, Christian Heuland, fut lui-même négociant. Il se risqua à des
expéditions de collecte de spécimens au Pérou et au Chili vers
1795-1800. Nombreux sont les musées du monde entier et les collections
privées qui possèdent aujourd'hui des spécimens passés par les mains
de Forster et de Heuland.
Il est toujours de coutume en cette fin du dix-huitième siècle de récolter
dans les mines de " beaux spécimens de cabinet " afin de les
vendre aux naturalistes, suivant en cela une tradition issue des sociétés
minières du Saint Empire germanique.
A St Marie-aux-Mines, Alsace, Mühlenbeck rapporte que l'on découvrit
dans la mine " Glückauf " en 1772 " de l'argent natif
arborescent d'une telle beauté qu'on ne le fondit point, mais qu'on le
vendit tel quel ". Nous savons par Reber que Beysser, curé luthérien
de Mietersholz, ancien ministre de St Marie, et Mathieu des Essards,
procureur du roi au siège prévôtal de cette même ville, collectaient
des spécimens, correspondant avec Buffon et Nollet. Des Essards fournit
le cabinet du roi Louis XVI en spécimens de " Rothgildigerz ".
Si Goethe fut l'écrivain et le poète que l'on connaît, il fut aussi
chercheur en Sciences Naturelles, et collecteur-collectionneur de spécimens
minéralogiques (1599 numéros à l'inventaire, collection générale de
18.000 spécimens en sciences de la terre). En 1779, Goethe est à
Chamonix où il achète un beau spécimen de quartz fumé à Jacques
Balmat, alors âgé de 17 ans. Balmat, fameux cristallier et en tant que
tel un des pères de tous les alpinistes, fut le premier à gravir le
Mont-Blanc avec Paccard en 1786. Balmat fournit également en spécimens
De Saussure, Dolomieu, De Drée, Beudant, Brochant de Villier, Cordier.
Dans son " voyage en Suisse ", Goethe narre son périple de
1797. Il nous décrit ses collectes de minéraux et ses achats : à "
l'hospice " du col du Gothard, " la cuisinière nous a proposés
des minéraux et nous a montré une grande quantité d'adulaires, en nous
racontant où elle les avait pris. Comme la mode des minéraux change ! On
veut d'abord des cristaux de quartz, puis des feldspaths, puis des
adulaires, et maintenant du schörl rouge ". Goethe possédait
plusieurs spécimens de St Marie-aux-Mines, notamment deux spécimens de
smaltite et un spécimen d'aragonite coralloïde. Il possédait aussi, en
autres, des spécimens des mines des Chalanches et de La Gardette, Isère,
de Chessy, Rhône, et même des carrières de Montmartre ! Sa collection
est de nos jours intacte et conservée à Weimar, Allemagne.
Lors de l'exploitation infructueuse de la mine d'or de La Gardette (Isère),
le directeur Schreiber fit récolter et vendre " les échantillons
instructifs pour leur valeur intrinsèque ou selon leur beauté pour en
verser le montant dans la caisse de la mine ". Dans le cas présent,
le produit de la vente de spécimens minéralogiques était un sous revenu
de l'exploitation minière, ce qui a permis la conservation entre autres
de très nombreux et fameux spécimens de quartz. Cette tradition s'est
malheureusement perdue en France, elle aurait pu permettre la préservation
d'innombrables spécimens lors des exploitations minières des années
1960-80. Seuls les concasseurs en ont profité...
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Le XIXème
siècle
L'événement qu'a représenté dans l'imaginaire de la population de
l'Oisans (Isère) l'exploitation d'une mine d'or a induit une fouille frénétique
des montagnes. Cette prospection se faisait depuis des temps immémoriaux
afin de découvrir des cristaux de quartz. Cette intense activité permit
la découverte de nombreux nouveaux minéraux. En effet, certains comme
Schreiber enseignèrent qu'il y avait plus et plus sûrement à gagner en
cherchant et en vendant des spécimens pour les " cabinets "
qu'en fantasmant sur une hypothétique mine d'or.
A la fin du 18ème siècle, Alfred Lacroix fut
professeur au muséum de Paris et conservateur de la collection de minéralogie.
Il fréquenta assidûment ainsi que le minéralogiste Groth un prospecteur
en spécimens de cabinet, Napoléon Albertazzo. Celui-ci passa sa vie à
chercher et à vendre des minéraux. Lacroix se réfère abondamment à ce
personnage et à ses découvertes dans sa " Minéralogie de la France
". Il lui a rendu de nombreuses visites et a pu bénéficier
d'excursions minéralogiques guidées, ainsi que de nombreux dons.
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Un cas historique majeur d'exploitation d'un
gisement pour l'exploitation commerciale de ses spécimens minéralogiques
est celui des tourmalines de l'île d'Elbe. La première prospection fut
faite au mont Capanne en 1825 par le lieutenant Giovanni Ammannati. Après
sa découverte de la fameuse veine de pegmatite de la " Grotta d'Oggi
", il en acheta le terrain et l'exploita pour les spécimens de
cabinet. Un autre militaire, le capitaine Pisani exploita la veine dite
" Speranza " près de San Pierro in Campo. Le Natural History
British Museum possède de nombreux spécimens de ces découvertes.
Ainsi, à partir d'un négoce de " matières premières ", soit
pour des utilisations pratiques (obtention de métaux, usage médicinal,
...), soit pour l'art et la bijouterie, s'est individualisé et développé
un commerce pour les spécimens minéralogiques. D'innombrables spécimens
ont pu être préservés par l'intérêt que suscite leur beauté et par
la passion des naturalistes.
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Après ces quelques données historiques, quelques faits plus
modernes illustrent le négoce de spécimens minéralogiques dans le temps
et le monde.
Tsumeb, un des sites minéralogiques les plus fameux qui soit ...
A la fin du 19ème siècle, la Namibie, au
sud-ouest de l'Afrique, est une colonie allemande. Tsumeb, ville minière
du nord du pays, va prendre une importance considérable. Le premier spécimen
connu de Tsumeb est daté de 1860, il s'agit d'un morceau de minerai riche
en cuprite. Le spécimen porte encore son label d'origine, indiquant comme
origine une baie, celle de Walfish, où se trouvait un port. Le nom de
" tsumeb " fut crée bien plus tard et à cette époque seuls
d'aventureux explorateurs parcourent le pays. Ils ramassent bien sûr tout
ce qui peut ressembler à un début d'eldorado, soit tous les échantillons
de minerais qu'ils trouvent. Un colossal gisement métallifère est découvert
ainsi en cette fin du 19ème siècle et restera
en exploitation jusque la fin du 20ème siècle.
L'université de Berlin reçoit dès 1887 un premier lot de minerai à
analyser. L'Académie de Freiberg, une des plus anciennes écoles des
mines d'Europe et des plus fameuses, reçoit également des lots de
minerai. Elle doit les analyser en vue de déterminer le meilleur
traitement possible pour l'extraction des métaux. D'un lot de 400 tonnes
de minerai, le directeur Wilhelm Maucher extrait une tonne de spécimens
minéralogiques, plus ou moins intéressants, le voyage en bateau n'ayant
pas été des plus doux. Maucher quittera son poste pour s'installer négociant
de minéraux, et il devint l'un des meilleurs de son temps. Le " dépôt
minéralogique " de l'Académie de Freiberg a pour instruction de
vendre les spécimens minéralogiques qui ne sont pas requis pour les
collections et d'utiliser cet argent pour en acheter d'autres.
De très nombreux cadres de la mine devinrent des collectionneurs acharnés,
tel Wilheln Thometzek, directeur général, Friedrich Kegel, directeur général,
ou encore l'intendant Klein. Sam Gordon, négociant américain, se rend en
1929 à Tsumeb dans le seul but de s'approvisionner à la source. Le
directeur de la mine étant absent, il obtient difficilement
l'autorisation de pouvoir descendre dans la mine et y collecter. Cela
deviendra possible grâce à l'intendant Klein, qui le guidera, accompagné
du contremaître Keller. Un des problèmes posés par la demande de Gordon
est surtout le fait que tous les spécimens intéressants découverts sont
promis par avance au négociant Wilhelm Maucher de Munich.
Et l'inimaginable survint, alors que la visite se fait à un endroit peu
favorable, fait bien sûr voulu par Klein et Keller, Gordon découvre la
plus fantastique poche à azurite de tous les temps !!! Certains des spécimens
sortis alors restent aujourd'hui les meilleurs connus. Les choses ensuite
vont quelque peu se compliquer, notamment avec le retour du directeur
Kegel, passionné par la collection. Au terme d'un entretien des plus
tendus, Gordon accepte de donner la moitié de ce qu'il a de la découverte
à Kegel, n'ayant de toute façon pas trop le choix, une confiscation de
la totalité de sa part étant une menace sérieuse... Gordon restera un
bon moment à Tsumeb, nouant des contacts avec les mineurs et leur
achetant de nombreux spécimens. Il repartira pour les USA avec douze
conteneurs de deux cent cinquante kilogrammes de minéraux !!!
La majeure partie des spécimens de Gordon fut achetée par le grand
collectionneur américain Vaux, qui fit don de sa collection à l'Académie
des Sciences de Philadelphie. La collection Kegel partit pour la
Smithionian Institution à Washington en 1949. Elle se composait de 920 spécimens
d'un poids total de 1,5 tonne. La collection Keller fut achetée en 1957
par le muséum de Berlin qui récupéra ainsi 1725 spécimens majeurs de
Tsumeb. La collection Klein fut achetée par le musée d'Harvard, celle de
Thometzek le fut par le muséum de Berlin en 1936.
La collecte de spécimens à Tsumeb se faisait également dans une
perspective de " complémentaire retraite "... Par exemple,
Peter Euteneuer, mineur originaire de Herdorf, retourne en 1921 chez lui
après sept années passées à Tsumeb avec pour ces vieux jours 7.OOO
marks d'économie, et une collection de minéraux, qu'il vendit dès son
retour 25.OOO Marks.
Dès leur découverte, les spécimens de Tsumeb ont été très recherchés.
Deux négociants dominent alors le marché : Wilhem Maucher de Munich, et
le Dr F. Krantz de Bonn. D'importants collectionneurs dépensent des
fortunes en acquisitions minéralogiques. Un spécimen de pseudomorphose
de malachite après azurite fut acheté 5OOO Goldmarks, une maison pouvant
à l'époque être construite pour 300 Goldmarks !!! Richard Baldauf
constitua une collection estimée à un million de Goldmarks en 1929,
collection qui est au musée de Dresde de nos jours. |
La Sweet Home mine, Colorado, USA : un exemple parmi d'autres
d'exploitation minière pour les spécimens minéralogiques
L'existence d'un marché des spécimens minéralogiques entraîne
l'exploitation spécifique de gisements. Des commerçants aux USA ont récemment
investi 320.000 Euros pour réouvrir une mine. Les découvertes furent au
rendez-vous et rejoignent les collections publiques et privées du monde
entier : les rhodocrosites de la " Sweet Home mine " sont entrées
dans la légende. Ces prospections se pratiquent du Canada à l'Argentine,
en Inde, au Maroc, en Australie, entre autres... En Europe, citons
l'exploitation de la mine Rogerley dans le comté de Durham, en
Angleterre, à des fins de production de spécimens de Fluorite à partir
de 1999.
La mine " Sweet Home " est exploitée dès 1873 pour produire de
l'argent dans un district minier découvert vers 1861. La présence de spécimens
de rhodocrosite en magnifiques spécimens cristallisés est signalée en
1876 dans un rapport fédéral. Dès 1870 et jusqu'en 1890, des spécimens
sont collectés et vendus, aussi bien à des musées qu'à de grands
collectionneurs. Puis l'exploitation minière connaît de nombreuses
vicissitudes en fonction des variations du cours de l'argent. Dès 1925,
tous les conservateurs de muséum connaissent la Sweet Home mine comme
source d'excellentes rhodocrosites. Des spécimens se retrouvent à la
Smithsonian Institution, Washington, en Suède, en Allemagne, en Grande
Bretagne, en Suisse, les spécimens minéralogiques voyagent énormément.
En 1933, le directeur de l'exploitation écrit que des cavités cristallisées
ont été découvertes et des spécimens collectés. Il note : "
cette production était " des spécimens de minerai " et
beaucoup furent vendus à des commerçants et des musées à des fins
d'exposition, un lot a, par exemple, été vendu à l'institut Yonkers de
New York ". En 1964, la mine est fouillée pour les minéraux et en
1966, un spécimen incroyable est découvert. Celui-ci sera nommé "
Alma Queen ", la reine de Alma. Ce spécimen est alors considéré
comme un des plus fantastiques spécimens minéralogiques jamais découverts.
En 1990, lorsque le collectionneur Sam Perkins vend sa collection au musée
des sciences de Houston, ce spécimen est estimé à 250.000$.
En 1990 toujours, un groupement d'investisseurs et de commerçants crée
la " Sweet Home mine rhodocrosite, Inc ", société qui a racheté
la concession de la mine, avec pour but de produire des spécimens de
collection. Pour cela, les sept associés versent chacun 46.000 Euros,
soit en tout 320.000 Euros pour rééquiper la mine et la remettre en
production, 267.000 Euros serviront la première année, puis les recettes
devront permettre d'autofinancer l'exploitation.
La vente publique des premières découvertes a lieu en 1992, en
septembre, en marge de la bourse de Denver. Des laissez-passer sont
distribués les jours précédant l'ouverture, l'accès aux pièces proposées
se fera par groupe de vingt... Les vingt premiers visiteurs achetèrent
presque tout ! En deux minutes, 122.000 Euros de spécimens furent vendus.
Le musée d'Histoire Naturelle de Paris a pu échanger un spécimen de
15cm d'envergure qui fut trouvé fin septembre 1992 dans la poche dite
" good luck pocket ". Un autre spécimen a été acheté grâce
à l'aide d'un mécène.
En 1993, une technologie révolutionnaire fut employée pour déceler
depuis la surface les éventuelles poches à cristaux que pourrait receler
le réseau de filons de minerai : un radar capable de pénétrer le sol et
d'y déceler les vides !!! D'autres moyens tout aussi sophistiqués sont
employés comme une tronçonneuse à chaîne diamantée afin de découper
la roche et des plaques de cristaux, ou encore des images issues du
satellite Landsat. Etant donné que l'exploitation se fait dans une zone
protégée, les stériles sont d'abord stockés devant la mine puis régulièrement
chargés dans des camions pour être définitivement abandonnés à 15
kilomètres de là.
En 1995, pour le musée de Denvers, la fondation Coors finance
l'assemblage par les commerçants exploitants de plus de 3000 pièces de
rhodocrosites. Le but est de créer et d'exposer dans le musée un "
mur " de rhodocrosite dans un décor approprié afin que le public
puisse vivre l'ambiance de la mine. Trois personnes y travaillèrent
pendant 20 mois et l'équipe du musée mit 12 mois pour présenter
l'ensemble.
Bryans Lees, le porteur et responsable du projet, a reçu en 1997 le
Carnegie Mineralogical Award. Le Carnegie, cet important musée de
Pittsburgh, récompense et honore ainsi chaque année une contribution
majeure à la préservation, la conservation ou à l'éducation en matière
de minéralogie, que cela vienne de minéralogistes " enthousiastes
" (mot employé par le Carnegie), de collectionneurs, d'enseignants,
de conservateurs, de clubs ou de sociétés de minéralogie, de musées,
d'universités ou d'éditeurs.
" Le monde devient rêve, le rêve se fait monde ", et si La
Gardette...
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Exploitants miniers, négociants et minéraux : l'exemple de la mine
Flambeau, Wisconsin, USA
Des négociants en spécimens minéralogiques concluent des accords avec
des exploitants miniers afin de pouvoir prospecter dans leurs sites ou de
pouvoir s'approvisionner auprès d'eux, et par la même sauver
consciencieusement les richesses minéralogiques du lieu.
Ce type de relation existe depuis bien longtemps. A la fin du siècle
dernier, Richard Talling, un négociant anglais, entra même dans le
capital d'une mine afin de pouvoir y fouiller et d'avoir l'exclusivité
des découvertes. Il restera dans l'histoire comme le découvreur des
incroyables bournonites de la mine " Herodsfoot ", qui restent
à ce jour les meilleurs spécimens connus de l'espèce, et comme découvreur
de plusieurs espèces nouvelles. De 1890 à 1910, à la fabuleuse "
Copper Queen Mine " de Bisbee, Arizona, de magnifiques spécimens
d'azurite et de malachite ont été sauvés par l'intérêt des
collectionneurs qui a incité le personnel triant alors le minerai à la
main à prélever les morceaux les plus colorés afin de leur proposer.
Dans les années 1960 puis 1970, la " Phelp's Dodge Corparation
", propriétaire de la " Copper Queen ", autorise quelques
employés à collecter des spécimens de minéraux que la société se
charge de vendre. De même, dans les années 1950-60, une personne était
employée à la mine " Tiger ", Arizona, afin de recueillir des
cristaux puis de les vendre à la boutique de la mine. On pouvait acheter
dioptase, wulfénite, cérusite, calédonite, linarite, etc. La mine ferma
en 1966.
La récolte de spécimens par l'exploitant et la vente de ceux-ci sur
place ont été pratiquées dans d'autres mines de part le monde, comme à
Tsumeb (années 1960-70) et à Mibladen, Maroc (vente de vanadinite et
autres dans les années 1970-80). Malheureusement, la plupart des beaux
cristaux finissent pulvérisés par les broyeurs lors d'exploitations minières,
les cas où une collecte a pu être organisée sont rares.
The Flambeau mine, Ladysmith, Wisconsin, a été exploitée de 1993 à
1997, soit pendant moins de 5 ans. Ce site a produit de nombreux spécimens
de chalcosite, parmi lesquels on trouve quelques uns des plus grands et/ou
plus beaux spécimens de l'espèce. Le gisement de Flambeau est un corps
de minerai riche en cuivre, et pendant les quatre ans et demi d'activité
de la mine 1,8 million de tonnes de minerai à 10% de cuivre fut sortie,
ce qui donna en outre 330.000 onces d'or et 3 millions d'onces d'argent.
La mine à ciel ouvert mesurait 800m par 160m pour 70m de profondeur en
1997. Il fut trouvé seulement 450kg de chalcocite cristallisée en tout
et pour tout. Le directeur de l'exploitation doit être remercié pour sa
décision en faveur de la collecte de minéraux et pour son support indéfectible.
Bien que connu depuis le début du siècle, ce gisement ne fut tout
d'abord pas exploité car jugé non rentable. En 1986 seulement, les
nouvelles études géologiques, les progrès technologiques et le cours du
cuivre rendent possible la chose. En 1998, la mine à ciel ouvert est déjà
comblée par ses stériles, le terrain reboisé.
L'histoire de la collecte de minéraux à la mine Flambeau commence comme
dans toutes les mines, par la récolte de spécimens par les géologues et
les mineurs du site. De plus, le centre pédagogique et culturel de la
mine fait collecter des minéraux pour les mettre en exposition. Un couple
de négociants, Casey et Janes Jones, prend dès juin 1994 contact avec la
compagnie minière pour organiser et gérer la collecte de spécimens minéralogiques
du lieu. Malheureusement, pour un certain nombre d'espèces minéralogiques,
celles qui se trouvent seulement dans la partie haute des amas de minerai
(azurite, malachite), c'est à dire dans la zone d'oxydation, il était
trop tard. Certes, quelques spécimens avaient été préservés dans les
bureaux de la direction, comme objets de décoration, et d'autres pour
exposition au centre d'information, mais bien peu, trop peu, par rapport
à ce qui aurait pu être sauvé. Le couple se mit au travail, accompagné
parfois d'amis, explorant méthodiquement et régulièrement le site.
Chaque poche à cristaux est photographiée, référencée (étage,
localisation exacte, au mètre près, dans la mine,...), et l'inventaire
exhaustif du contenu effectué. Un petit nom charmant est donné à
chacune des découvertes pour la postérité : " la première poche
", " la poche du vendredi chanceux ", " la poche du
soleil radieux ", ... Seules huit poches remarquables furent trouvées...
HUIT !
Une coopération saine entre l'exploitant minier et une firme de négoce
de minéraux a permis la sauvegarde d'extraordinaires spécimens.
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Le marché des spécimens minéralogiques
de nos jours
Dans la première moitié du 20ème siècle,
d'actifs négociants continuent de fournir d'importants collectionneurs.
En France, Vésignié constitua une collection de plus de 20.000 spécimens,
une partie fut léguée au muséum de Paris, une autre lui fut vendue et
une troisième fut offerte à La Sorbonne (Paris VI-Jussieu).
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Les négociants fournissent également
le système éducatif : collèges, lycées, universités, grandes écoles,
écoles des mines... Notons la société " Nérée Boubée " à
Paris, " Rollet et Cie, minéralogiste exploitant mines depuis 1920
" à Lyon ou " Le comptoir Géologique et Minéralogique du
Plateau Central " de J. Demarty à Chamalières. Ce dernier est
l'auteur de nombreuses publications sur la minéralogie et la géologie du
centre de la France et un des pionniers de l'étude des minéraux et gîtes
uranifères suite à d'actives prospections dès le début du 20ème
siècle. Il publiera par exemple cinq petits documents sur le radium en
Auvergne vers la fin des années 1920. Dès les années 1950, des négociants
se faisaient notamment connaître par des publicités dans des magazines
tel " Le journal de Tintin " ou " Pilote ". Ainsi, les
plus jeunes furent sensibilisés aux activités naturalistes que sont la
minéralogie et la paléontologie. Ils devinrent les passionnés des années
1970, créant alors de nombreuses associations.
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L'intérêt pour la minéralogie était certain. Ainsi, dans
les années vingt, le propriétaire du gisement de fluorite de Valzergues
(Aveyron) était amateur de cristaux. " A telle fin qu'il fit creuser
une galerie pour le seul plaisir de la récolte minéralogique. Les pièces
de fluorite et de quartz dont certaines de plusieurs dizaines de kilos,
nanties de cristaux décimétriques, étaient acheminées par un attelage
de boeufs à une petite gare proche, et de là expédiées au propriétaire
à Clermont-Ferrand " (Baffaly et Descouens, 1987).
Depuis les années 60, on assiste à une démocratisation de la passion
autour des minéraux. En effet, par exemple, à la fin du 18ème
siècle, seule une élite pouvait s'y intéresser, phénomène qui
perdurera jusqu'à l'après deuxième guerre mondiale. Avec l'avènement
de la " civilisation des loisirs " qui suivit celle-ci, de plus
en plus de personnes ont eu la possibilité de collecter et collectionner
les minéraux. Une collection consiste à rassembler des objets déterminés
en vue de leur étude pour en dégager un enseignement.
Le négoce de spécimens s'effectue toujours par des ventes aux enchères.
En janvier 2001, une vente Sotheby's à New-York dispersa une partie de
l'importante collection de Joseph Freilich pour 2,7 millions d'Euros. En
France, il s'en produit de temps à autre. Ces dernières années,
plusieurs musées américains, en l'occurrence le Carnegie museum, le musée
minéralogique de l'université de Harvard, le musée des sciences de
Houston, le Seaman museum de l'université du Michigan ont organisé des
ventes aux enchères communes pour disperser des spécimens qu'ils ne
souhaitaient plus conserver. Par ce processus, des " doubles "
sont vendus et des fonds pour de futurs achats se constituent.
Le négoce de spécimens prend aussi une nouvelle forme par la naissance
de bourses spécialisées, ouvertes au plus grand nombre. La plus ancienne
de France est St-Marie-aux-Mines (depuis 1963) qui attire environ 22.000
visiteurs. Il s'en produit à peu près 200 chaque année. Notons en
Europe la bourse de Munich visitée par 72.000 visiteurs. Les négociants
évoluent et ne se cantonnent plus aux objets très techniques ou élitistes,
un monde varié de négociants se crée au service des passionnés. Le
nombre de spécimens disponibles s'accroît de manière inouïe, aussi
bien en nombre, en variétés qu'en provenances (gisement ou pays). Les
" anciens " ne pouvaient s'imaginer qu'un jour une telle
abondance avec des possibilités d'obtention aussi faciles existerait.
L'intérêt du marché des spécimens minéralogiques pour les
institutions publiques est présenté en autre par Pierre-Jacques
Chiappero, maître de conférence au Musée d'Histoire Naturelle de Paris,
pour qui " l'important potentiel financier que représente environ un
million de collectionneurs de par le monde, l'effort réalisé pour les
approvisionner a amené la découverte de nombreuses localités nouvelles
et aussi, parfois, permis la réouverture d'anciennes mines réexploitées
uniquement pour les minéraux dits " de collection ". Il ressort
que la fréquentation de ce marché montre (outre les nombreuses lacunes
des collections nationales en échantillons de nouvelles localités)
l'insuffisance de la qualité de certains des spécimens anciens pour les
localités retravaillées, où ont été trouvés des cristaux plus beaux
et plus parfaits que ceux du début des exploitations ".
Jean-Claude Boulliard, directeur de la collection minéralogique de
l'université de Paris VI-La Sorbonne, ajoute que " ces dernières décennies,
l'apparition d'un nombre croissant de collectionneurs en minéralogie a
permis le développement d'un marché très actif. Grâce à ce marché,
des gisements ont pu être exploités, des commerçants ont pu aller
s'approvisionner dans des pays de plus en plus lointains. Si l'on prend
l'exemple des collections de minéralogie, ces trente dernières années
ont produit un nombre considérable de spécimens d'une qualité jusque-là
inégalée. De nombreux échantillons anciens ont été déclassés par
les découvertes récentes. Si je pouvais établir une estimation, je
serais enclin à dire que cette période a donné 70% des échantillons
minéralogiques connus de haut niveau ".
Rappelons également que de nos jours un nombre important de minéraux est
utilisé en gemmologie et en bijouterie. De nombreux gisements de minéraux
sont exploités pour approvisionner le marché des pierres taillées.
Ainsi de merveilleux et exceptionnels spécimens se trouvent démembrés
et façonnés.
L'existence d'un marché pour la collection permet de sauver
d'innombrables spécimens minéralogiques, les passionnés n'hésitant pas
à acheter aigue-marine, émeraude, tourmaline ou même diamant. De même,
bien des spécimens de métaux précieux (or, argent, ...) sont sauvés de
la fonte grâce aux négociants qui traquent les plus beaux spécimens
auprès des exploitants miniers ou qui exploitent spécialement certains
gisements (" Eagle's Nest " aux USA par exemple).
Notons que certains négociants perpétuent la tradition du 18ème
siècle d'associer une boutique et un musée, comme la firme " Siber+Siber
" avec ses musées de paléontologie et de l'or à Aathal en Suisse
(entrée gratuite, siber-siber.ch) ou encore " La Pierre Philosophale
" à Issoire.
Pour conclure...
Le plus grand nombre peut se constituer une collection de minéraux, en découvrir
l'esthétique, les mystères, en acquérir le savoir scientifique. Et pour
comprendre ce qu'est un spécimen minéralogique, il faut en posséder :
Loi mineure de Desautels N° 9 : " Il n'est pas possible de
comprendre réellement ce qu'est un spécimen minéralogique sans en posséder
soi-même. Vous ne pouvez le comprendre à la place d'un autre. Vous devez
en posséder, et je ne veux pas seulement dire en avoir, vous devez en
posséder. Maintenant certains vont ajouter qu'il n'est pas possible de
comprendre ce qu'est un spécimen sans qu'il y en ait qui vous possèdent...".
Posséder et être possédé...
Ne l'oublions pas, " les collections sont un livre toujours ouvert
que le meilleur traité ne saurait remplacer " (Pujoux,1813).
L'esprit naturaliste est aussi ancien que l'humanité, puisse t-il se perpétuer...
L'auteur ajoutera pour finir une " loi " toute personnelle : la
connaissance en minéralogie est directement proportionnelle au volume
d'ouvrages lus et l'est par le carré au nombre de kilomètres parcourus
au motif de sa passion... |
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